IA, Architecture & environnement : une nouvelle thèse pour PCA-STREAM
- Publié le 4 mars 2026
- 5 minutes
Les technologies d’intelligence artificielle et leurs prédicateurs multiplient les promesses pour le secteur de la construction : depuis l’optimisation du travail jusqu’à la création de bâtiments, voire de quartiers, adaptés à leur environnement et aux enjeux écologiques contemporains.
Promesses et paradoxes
Du côté des agences, les stratégies adoptées sont panachées : résistance au nom de la défense d’une « intelligence architecturale » dont resteraient maîtres les architectes, intégration totale dans une perspective « AI-native », ou autres formes d’adoption circonstanciées. Certains délèguent aux LLM leurs tâches d’écriture – de comptes-rendus, de notices architecturales, voire de documents de concours –, d’autres boostent leurs phases d’idéation à la génération d’image, quand une partie concentre ses efforts sur les nouvelles possibilités ouvertes pour l’analyse de données, qu’elles soient internes (pour capitaliser sur une meilleure connaissance de ses projets) ou externes (pour faire sens de corpus de données urbaines et territoriales non structurées), afin d’informer les choix de conception.
Parmi les capacités prêtées à ces technologies, figure souvent au premier plan celle de contribuer à une meilleure compréhension et prise en charge des enjeux environnementaux (empreinte carbone et matières, performances énergétiques, ou encore biodiversité). Pourtant, celle-ci reste encore largement inexplorée et peu documentée, tandis que les preuves se multiplient au contraire quant aux quantités démentielles (et exponentielles) d’énergie et de ressources – en eau, terres rares, mais aussi en espace et en travail humain précaire – nécessaires à leur développement et celui des infrastructures sur lesquelles elles reposent (cartes graphiques, datacenters, câbles sous-marins, etc.).
De la recherche à la pratique…
Chez PCA-STREAM, la réflexion sur l’IA s’inscrit dans le dialogue que nous entretenons depuis quinze ans avec les mondes de la recherche et de la création. Le dernier numéro de notre revue Stream, publié en 2022, était ainsi dédié aux « nouvelles intelligences », et les intelligences « artificielles » y étaient mises en rapport et discutées avec celles du vivant et de collectifs humains. En 2023, nous avons approfondi la question de leur rôle dans les processus de création à travers l’organisation d’un cycle de conférences intitulé « IA et création Le contenu de ces échanges a fait l’objet d’une publication dans notre nouveau format « Stream Studies », disponible en open accès au lien suivant https://vimeo.com/showcase/11019589. Voir également nos contenus Stream Voices dédiés à cette thématique : https://www.pca-stream.com/wp-content/uploads/2025/07/IACREA_mise-en-ligne.pdf ».
Comme pour l’ensemble des sujets qui viennent questionner nos métiers, nous assurons une veille 360 sur les technologies d’IA. Celle-ci est partagée avec les équipes de conception de l’agence dans le cadre d’un groupe de travail transverse animé par notre équipe de recherche et d’innovation. Elle couvre bien sûr les avancées technologiques, leur applicabilité, et la compréhension de leurs impacts environnementaux, mais intègre aussi une réflexion critique sur les enjeux politiques et sociétaux liés à ces outils, éclairée par des travaux en sciences sociales qui analysent les interactions entre sciences, techniques et sociétés.
Déployée sur l’ensemble du continuum « THINK-BUILD », notre stratégie part de la recherche théorique jusqu’à atterrir dans des solutions techniques développées sur-mesure par notre responsable des technologies pour répondre aux défis posés par la singularité de chaque projet (plateforme d’analyse de données de projets, d’archivage des REX et de conservation d’une mémoire de l’agence, outils de génération d’images entrainés pour nos besoins spécifiques, etc.). Ces innovations visent avant tout à garantir la meilleure qualité de nos productions, de l’esquisse au chantier, en maîtrisant les risques (techniques, juridiques, financiers). Elles nous poussent à produire des visuels toujours plus percutants en réduisant les temps de calcul, sans céder à la facilité de la génération tous azimuts et avec une forte maîtrise de notre direction artistique. Enfin, sur ce qui constitue selon nous le plus grand défi posé aux IA par l’architecture (et jamais l’inverse), à savoir soutenir une conception plus sobre en ressources, en énergie et plus accueillante pour une diversité de vivants, nous prenons acte du paradoxe entre promesse et absence de preuves, et nous nous mobilisons pour le dépasser.
… à la recherche appliquée : une thèse pour explorer les possibilités des IAs pour la performance environnementale des projets
Face à ce qui apparaît encore comme un « verrou technologique » pour la filière, notre réponse passe par la collaboration scientifique et la recherche appliquée, convaincus que notre taille d’agence et position sur le marché nous oblige. PCA-STREAM accueillera ainsi prochainement une nouvelle thèse Cifre avec la Chaire « AI4ARCHI » (AI for architectural and Urban Generative Design) et le laboratoire Méthodes et Histoire de l’Architecture (MHA) de l’ENSA Grenoble. Cette thèse visera à explorer et prototyper des dispositifs fondés sur différentes technologies d’intelligence artificielle (machine learning, modèles de langage, de génération, modèles génétiques, etc.) pour permettre davantage d’itérations guidées par des objectifs environnementaux dans les phases amont du projet de conception. Elle documentera les conditions de validité de ces approches et l’empreinte environnementale propre à la technologie afin de mettre en perspective la promesse d’écologisation, tout en analysant leurs effets sur les pratiques de conception, l’organisation du travail et, plus généralement, sur les projets.
Par toutes ces initiatives, nous entendons contribuer, à notre échelle, à faire en sorte que les IA que nous adoptons aujourd’hui nous aident à bâtir des mondes urbains désirables pour demain.