Le Centre Pompidou Francilien – Fabrique de l’Art, qui abritera les réserves des deux institutions, est un bâtiment au double visage, exprimant le paradoxe de son programme : côté pile, le coffre, un monolithe clos ne laissant pénétrer qu’une lumière naturelle contrôlée dans les ateliers, assurant les meilleures conditions de conservation et de restauration à deux des plus grandes collections d’art moderne au monde ; côté face, un profil accueillant et ouvert, pour rassembler le public autour de la création, poursuivant la philosophie avant-gardiste du projet de Piano et Rogers mais à l’échelle du territoire francilien, depuis Massy, ville culturelle à proximité du pôle de Paris-Saclay. Ce projet met en commun les forces et atouts de deux institutions partageant la conviction que l’établissement culturel de demain doit être ouvert et accessible, via une programmation culturelle et pédagogique autour des collections et de leurs métiers.
Un ADN réinventé
Le bâtiment se déploie vers le parc de la Blanchette par une promenade arborée, comme le Centre Pompidou s’ouvre à la ville par sa piazza. La terrasse ombragée du café-librairie qui accueille les visiteuses et les visiteurs se prolonge en gradins paysagers vers le lac. Les espaces d’exposition ouverts au public jouissent d’une coursive en bois permettant de contempler le parc, comme on admire le quartier Beaubourg depuis celles du Centre. Au deuxième étage, un belvédère dominant la canopée accueille des événements publics ; son escalier en bois évoque en façade l’emblématique « chenille » de Pompidou. Les proportions du bâtiment participent de ces subtiles assonances avec le bâtiment historique, notamment lorsqu’il se dédouble en se reflétant dans le lac.
Un bâtiment-outil rationnel
Deux ans de travail en dialogue avec les équipes des musées ont permis de concevoir un équipement optimisé pour offrir un outil de conservation de niveau international, compacté au maximum pour réduire toute surface inutile et économiser matières et budget. Le pôle de conservation sécurisé offre toutes les capacités et nature de stockage. Les réserves se développent sur trois niveaux, au fonctionnement indépendant. Les œuvres lourdes et volumineuses occupent le rez-de-chaussée, les plus légères les étages ; les ateliers se déploient aux au nord du bâtiment. Le plateau d’expositions, avec son grill technique pour toute muséographie, surplombe les réserves et offre des vues exceptionnelles ; il est également connecté au plateau de parole et performance. Entre la partie publique et les ateliers, une vitre permet de découvrir les nouvelles acquisitions dans un espace ponctuellement visitable.
La distribution suit un plan en croix très simple, optimisé pour une organisation efficace, selon le principe de marche en avant des flux depuis la cour logistique. La réduction des distances entre ateliers et réserves favorise les synergies entre les équipes en rapprochant conservateurs, restaurateurs et administratifs. L’ensemble assure les meilleures conditions de travail et de confort, avec un éclairage indirect des ateliers en premier jour, des vues généreuses et une vaste terrasse végétalisée.
Dialogue nature-culture
Le projet suit l’orientation nord-sud de la parcelle en créant un corridor écologique avec le parc de la Blanchette, son lac et le quartier Massy-Opéra. Sa matérialité révèle des strates sédimentaires symbolisant l’importance des sols dans la préservation de nos écosystèmes. L’implantation préserve la frange arborée en limite de propriété, tandis qu’une partie des toitures et de la façade sont végétalisées, tout comme l’emmarchement en amphithéâtre jusqu’au lac, qui pourra accueillir des rencontres artistiques de plein air. Ce dialogue entre le bâtiment et le parc signe une nouvelle alliance entre nature et culture.